
Le pitch de Made in EU
- Le récit suit une ouvrière de 43 ans dans une usine textile en Bulgarie, dirigée par Monsieur Manchini, un homme d’affaires qui possède la quasi-totalité de la ville.
- L’action se situe au début de la pandémie de COVID-19. L’héroïne tombe malade dès les premières minutes, mais la pression économique l’oblige à poursuivre des cadences infernales.
- Dans un climat de peur et de populisme, elle est rapidement désignée comme le « patient zéro » de l’usine, devenant la cible d’un système qui cherche à protéger ses profits plutôt que ses employés.
- Le film explore la solitude de cette femme face à la lâcheté collective et à l’effondrement des solidarités fraternelles.
Fiche technique & Protagonistes
- Origine : Cinéma bulgare.
- Thématiques : Esclavage moderne, capitalisme libéral, patriarcat et crise sanitaire.
- Intervenant : Luigi Lattuca, vice-président de l’ASBL Cineuwoman.
- Partenariat : Présenté au RAMDAM Festival en collaboration avec Cineuwoman, plateforme dédiée aux portraits de femmes inspirantes.
Une critique acerbe du système capitaliste
Luigi Lattuca explique au micro d’Audry que « Made in EU » est un film didactique qui dénonce les dérives du capitalisme libéral. À travers la figure du patron, Monsieur Manchini, le film illustre comment le profit passe avant les droits humains les plus fondamentaux. Le récit met en lumière la précarité des travailleuses bulgares, sacrifiées sur l’autel de la rentabilité, et souligne le lien étroit entre le patriarcat et l’exploitation économique au sein même de l’Union Européenne.
L’écho de la pandémie et la recherche du bouc émissaire
L’entretien souligne comment le film utilise le contexte du COVID-19 pour exacerber les tensions sociales. L’héroïne, bien que courageuse et digne, se retrouve isolée face à la suspicion générale. Cette recherche du « patient zéro » sert de prétexte pour justifier son éviction et masquer les responsabilités réelles de la direction. Le film rappelle ainsi les discours et les craintes qui ont traversé l’Europe durant les premiers mois de la pandémie, tout en interrogeant notre propre rapport à la consommation et aux conditions de production de nos vêtements.
Cineuwoman : Valoriser les femmes derrière la caméra
Luigi Lattuca profite de cet échange pour présenter l’action de Cineuwoman, une association dédiée à la promotion des femmes réalisatrices et des portraits de femmes fortes au cinéma. En collaborant avec le RAMDAM, Cineuwoman souhaite offrir une visibilité accrue à des œuvres engagées qui bousculent les stéréotypes. L’invité annonce d’ailleurs la projection prochaine du film de clôture du festival, « La Maison des Femmes » avec Karin Viard, ainsi que les projets futurs de l’association pour soutenir un cinéma plus inclusif et progressiste.
Transcription intégrale
Audry (Un Mic Une Cam) : Bonjour les amis, bienvenue dans ce nouvel épisode un peu spécial. On est au RAMDAM, Un Mic Une Cam au RAMDAM. Je suis avec Luigi Lattuca. Bonjour Luigi.
Luigi Lattuca : Bonjour, comment vas-tu ?
A. : Mais ça va super bien. Journaliste à la base ?
L.L. : Journaliste à la base, oui oui, je sors de l’ULB.
A. : Et ta fonction dans Cineuwoman ?
L.L. : Je suis vice-président de cette ASBL qui présente uniquement des films de femmes réalisatrices autour de beaux portraits de femmes ; des femmes inspirantes, ni femmes objets, ni rabrouées, ni soumises.
A. : Luigi avec toi on va parler de quel film ?
L.L. : On va parler du film Made in EU, donc Made in Europe.
(Jingle)
A. : Luigi, Made in Europe, ça raconte quoi ?
L.L. : Ça raconte l’histoire d’une employée d’une petite quarantaine d’années, elle a 43 ans maximum d’après le synopsis, et elle travaille depuis quelques années dans une usine qui appartient à Monsieur Manchini. Monsieur Manchini en fait a plein de bâtiments dans la ville, on dit que toute la ville lui appartient. Monsieur Manchini, il se fout un petit peu de faire travailler toutes ces femmes, parce que ce ne sont que des femmes, pour de la main-d’œuvre bon marché : 14 heures par jour, 6 jours sur 7.
A. : On parle déjà d’esclavage moderne en fait.
L.L. : Tout à fait. Et à cela vient s’ajouter une couche sanitaire puisqu’on est au début du printemps 2020, au moment où la pandémie de COVID va envahir le monde entier et elle vient travailler malade dès les premières minutes du film, cette héroïne inspirante, impressionnante de droiture et de dignité, et elle devient très rapidement la personne à abattre puisqu’on se met à la recherche du patient zéro et tout indique que ce serait, je dis bien ce serait, elle.
A. : Oui c’est ça. Donc on est en Bulgarie, on est assez loin de Sofia parce qu’on sait qu’à Sofia il y a déjà eu le premier cas, le premier mort du COVID. Et alors ce que j’ai moi aimé dans ce film puisqu’on a eu la chance de le voir ensemble, c’est qu’il y a plein de choses qui se télescopent. En fait on est aussi avec le consumérisme, avec la consommation parce que nous petits Belges on voit quand même qu’il y a déjà une grosse différence entre ce qu’ils peuvent avoir chez eux et ce que nous on a chez nous, le capitalisme, les relations mères solos enfant fin d’adolescence, le papa absent… on a beaucoup beaucoup de choses en fait. Il y a une héroïne, il y a une histoire, il y a une trame, mais il y a énormément de choses qui se greffent.
L.L. : Oui, mais je trouve que tout se rejoint et tout est logique puisqu’on a entendu beaucoup ce discours quand on était confinés au départ, au moment de la pandémie, que le monde avait besoin de changer et qu’il était temps, comme on était tous à l’arrêt, de réfléchir à ce qu’on faisait sur cette planète et de réfléchir aux droits. Et le développement des droits humains, ce que défend le féminisme, le droit de tout le monde, pas uniquement des femmes, c’est justement ça c’est l’amélioration des droits, le progressisme pour que la planète devienne plus verte à tous les niveaux. Souvent ce que disent les féministes c’est qu’il faut renverser le patriarcat qui est relié au capitalisme. Et je trouve que Made in Europe, Made in Union Européenne, c’est un film qui montre tout à fait ça, qui l’illustre et qui est un film assez didactique en la matière puisqu’on aborde une fois le mot capitalisme et ça infuse dans l’esprit des gens, c’est à travers la figure du médecin qui aide l’héroïne, la seule personne à l’écouter dans le film d’ailleurs.
A. : C’est le sage, on va en parler juste après.
L.L. : Oui voilà, c’est le sage du film. Et ce sont des réflexions que normalement on a eu si on a pris du recul pendant la pandémie. Bon là il se trouve que c’est un petit peu étouffé sous évidemment les relents populistes puisque ce film se passe dans un pays qui avait une forte poussée populiste en 2020 et pro-russe notamment, anti-LGBTQ+. Et si les gens sont anti-LGBTQ+ ils sont forcément insensibles aux droits des femmes, ça commence par là, c’est les mêmes racines. Moi j’ai trouvé ça assez clair, c’est un film pesant parce que justement elle est seule, elle combat seule, mais j’ai trouvé ça très inspirant pour être du bon côté de l’histoire, être dans la lutte.
A. : Alors il y a la fraternité aussi parce qu’il y a des relations fraternelles, on ne va pas aller trop loin mais il y a une complexité aussi qu’on redécouvre grâce au médecin finalement, il vient délier beaucoup de choses. Le point sur lequel je voulais finir avec toi pour le film c’est aussi le retournement de situation. Il y avait l’amitié jusqu’à la veille du moment où on sait qui est malade, là c’est la fraternité on s’entraide et du jour au lendemain tout tombe. Ça, ça rappelle beaucoup de choses, pas seulement le COVID.
L.L. : Tout à fait, ça rappelle aussi quand entre frères et sœurs on peut prendre des chemins différents et qu’on a surtout des valeurs différentes. Là c’est vraiment une question de valeurs qui se télescopent et l’argent est plus fort que tout et finalement on dit souvent que l’argent régit ce monde et donc à partir de là on peut en déduire que les droits des êtres humains passent au second plan et qu’on peut sacrifier certains humains sur un autel. La plupart des hommes de ce film sont quand même très lâches et les femmes qui sont dans un état de précarité et de fragilité incroyable, eh bien ce sont des êtres à sacrifier on s’en fout puisque le monsieur, c’est un homme riche qui possède tous les bâtiments de la ville, lui il avait la possibilité de voyager, lui il est allé à Bergame en Italie, le foyer de l’infection du COVID-19 à l’époque on disait sur le continent européen, il a très certainement ramené le virus. Et on s’en fiche en fait que ce soit un mensonge, que ce soit elle qui l’a ramené, ça l’arrange bien de toute façon elle n’est qu’un pion.
A. : On ne va pas raconter la fin mais le médecin a son importance. Luigi, Cineuwoman au RAMDAM, c’est aussi un film de clôture ?
L.L. : Oui, nous présentons le film de clôture en partenariat avec le festival qui s’appelle La Maison des Femmes avec Karin Viard qui est un film français. Et nous aurons notre soirée d’anniversaire, nos deux ans, le 13 février prochain au cinéma l’Aventure à Bruxelles.
A. : On ne manquera pas ça. Merci Luigi Lattuca, vice-président de Cineuwoman. C’était un Mic Une Cam au RAMDAM Festival. Merci Luigi.
L.L. : Merci Audry.
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